mercredi 2 avril 2008

Présentation à l'événement public

Modèle de gestion sociale de l'eau au Québec

Au Québec, les infrastructures de l’eau sont gérées par les municipalités. Les eaux de surface et les eaux souterraines sont régies par le Ministère de l’environnement.

2 principes garantissent la gestion sociale de l’eau au Québec :

Le financement public : ce sont les taxes foncières municipales et les impôts provinciaux qui assurent une juste répartition de l’eau pour tous. En effet, les taxes et les impôts sont proportionnels à la richesse des personnes, des entreprises et des propriétés imposées. Ainsi, tous paient pour l’eau selon leur capacité, et tous ont un accès égal à l’eau; les plus pauvres n’ont pas moins d’eau parce qu’ils paient moins de taxes et d’impôts.

La gestion démocratique : parce que les services d’eau sont financés à même les fonds publics, les gestionnaires doivent rendre des comptes aux citoyens. Ceux-ci ont le droit de savoir, ils peuvent avoir l’information sur la manière dont l’eau est gérée. Si les citoyens sont insatisfaits, ils peuvent changer les gestionnaires qui sont des élus, en élisant d’autres personnes. Ce n’est pas le cas d’une entreprise privée, où seuls les actionnaires ont accès à l’information et peuvent influencer les décisions, sans toutefois pouvoir changer les gestionnaires s’ils sont insatisfaits.

Au Québec, on peut dire qu’il y a 3 niveaux de gestion « sociale » et responsable de l’eau :
  • Le niveau individuel : les citoyens doivent en tout temps être vigilants et impliqués. Le modèle québécois que la Coalition Eau Secours! défend repose sur la participation citoyenne.

  • Le niveau municipal : les infrastructures de distribution de l’eau potable, d’aqueduc et d’assainissement des eaux usées relèvent de l’administration municipale; ce sont les élus au conseil de ville qui répondent devant les citoyens de la gestion de l’eau de la ville. À ce niveau, les groupes membres de la Coalition comme les syndicats d’employés de la ville (cols bleus et cols blancs) jouent un rôle très important; de plus, les citoyens et citoyennes peuvent assister aux séances du conseil de ville et intervenir. Il arrive aussi assez fréquemment à Montréal que l’exécutif de la Coalition rencontre des élus municipaux pour influencer des décisions.

  • Le niveau provincial : les eaux de surface (lacs, rivières, fleuve) sont règlementées par le Code civil du Québec qui dit que l’eau est une « chose commune »; la situation des eaux souterraines est malheureusement moins claire. C’est le Ministère de l’environnement et le Premier Ministres qui sont responsables envers la population. Les députés jouent également un rôle dans la gestion de l’eau lorsqu’il s’agit de voter des lois. Depuis sa fondation, Eau Secours! demande une politique nationale de l’eau avec des lois, des règlements et des budgets assortis. Pour faire connaître nos positions, nous déposons des mémoires dans les consultations publiques, nous publions des communiqués de presse, nous transmettons nos revendications au Ministre de l’environnement et aux députés de l’opposition porteurs du dossier de l’eau.


    La privatisation menace continuellement notre modèle de gestion sociale et responsable de l’eau. Notre vigilance est davantage sollicitée depuis 2004, parce que 2 lois permettent aux villes de donner des contrats à des entreprises privées pour les services d’eau et d’assainissement sous forme de partenariats public privé.

    À l’automne 2007, grâce aux employés syndiqués de la ville de Westmount et aux pressions citoyennes suscitées par la Coalition Eau Secours!, la ville a décidé de ne pas signer un contrat de privatisation des services d’eau.

    En février 2008, un conseiller municipal de la ville de Granby s’est publiquement prononcé en faveur de l’installation de compteurs d’eau dans les résidences; la nouvelle a paru dans un journal local. La Coalition Eau Secours! est opposée aux compteurs d’eau résidentiels, car à notre avis ils ouvrent la porte à la privatisation; mais nous sommes favorables aux compteurs d’eau dans les industries, les institutions et les commerces. La Coalition a donc immédiatement fait parvenir à tous les conseillers municipaux et au maire notre document sur les compteurs d’eau et une lettre du président de la Coalition; finalement la ville a répondu qu’elle n’avait pas l’intention de privatiser les services d’eau.

    La Coalition Eau Secours! s'engage à faire valoir les principes d’une gestion citoyenne participative et d’une gestion démocratiquement responsable auprès de la population du Québec et à tous les paliers de gouvernements, afin de garantir pour aujourd’hui et l’avenir, un accès pour tous à l’eau potable et à l’assainissement.

La poussière du voyage retombe doucement

Nous sommes rentrées au Québec dans la nuit de dimanche, après une interminable journée passée dans les aéroports et les avions. Mais la Bolivie et les gens que nous avons rencontrés continuent de nous habiter le cœur!

Dans notre rencontre d’évaluation de la mission vendredi matin, nous avons énuméré les thèmes communs à la Coalition Eau Secours et aux organisations boliviennes rencontrées : contamination et préservation de l’eau, droit humain à l’eau et accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, recherche + sensibilisation + incidence politique, gestion sociale participative, vigilance citoyenne…

De ces thèmes communs découleront nos actions solidaires, mais il est encore trop tôt pour vous en parler. Notre blogue restera ouvert, et vous y trouverez au fil des semaines ou des mois des nouvelles des suites de cette mission qui était nouvelle pour nous et pour certains des groupes rencontrés.

La toute dernière journée de travail

Le vendredi 29 mars a été toute une journée. Le matin, nous avons fait l’évaluation de notre mission et identifié des pistes pour l’avenir. Nous préparerons des propositions concrètes à présenter au comité de coordination et à l’exécutif de la Coalition, et nous vous tiendrons au courant des développements à venir!

En fin de journée, nous avons participé à un événement public dans le cadre de la journée internationale de l’eau. Eh oui, ce n’était pas la date officielle, néanmoins la rencontre a attiré environ 80 personnes. Organisé par la Fundacion Solon en collaboration avec AMUPEI et Agua Sustentable, la Coalition Eau Secours faisait partie des panellistes. Caroline a brillament présenté la Coalition à partir d’un montage PowerPoint, auquel Danielle a ajouté quelques diapositives pour soutenir sa présentation du « modèle québécois de gestion sociale et responsable de l’eau » que la Coalition promeut et défend.

Il y a eu plusieurs présentations : l’impact des changements climatiques en Bolivie (les glaciers sources d’eau douce sont en voie de disparaître), l’impact de dérivations de fleuves dans des pays voisins, la situation de l’accès à l’eau potable à La Paz (le maire affirme que 98% de la population a un robinet à la maison, mais il ne dit rien de la qualité de l’eau qui en sort) et El Alto (où il y a un manque terrible d’infrastructures de l’eau), et j’en passe.

Après les « discours », la Fundacion Solon, qui joint l’art à la sensibilisation sociale, a invité 2 jeunes chanteurs de RAP (une fille et un garçon) à interpréter des chansons, et une troupe de théâtre formé de jeunes à présenter un extrait d’une pièce sur la propriété de l’eau et la privatisation. On y voit un homme qui « achète » une rivière, et qui demande à chaque personne qui voudrait avoir de l’eau ou en utiliser de le payer. Mais il manque de se noyer lui-même dans sa rivière, et il est sauvé in extremis par l’une des personnes à qui il avait fait payer l’eau. Il change alors de position et se met à partager l’eau avec tous.

Nous avons terminé cette importante journée par un festin bien mérité dans un chouette resto de cuisine espagnole tenu par des Québécois, en compagnie de Stéphanie Levine qui avait organisé toutes les rencontres de notre visite, et Diane Bachand coordonnatrice du programme auquel nous venons de participer. Nous avions vraiment en cette dernière soirée de travail le sentiment du devoir accompli, et nous en sommes fières!

vendredi 28 mars 2008

Derniers jours

Nous avons passé 2 jours à Cochabamba, ville emblématique de la lutte de l'eau. Nous avons assisté à un atelier pratique donné par un technicien de l'association Sumaj Huasi à Vinto, nous avons rencontré un groupe local d'AMUPEI composé de femmes très dynamiques, et nous avons rencontré le groupe local de Agua Sustentable qui nous a beaucoup parlé des comités de l'eau.

Vendredi, nous avons des rencontres de planification du suivi de notre mission, et nous participons à un panel où nous présenterons encore une fois la Coalition, et le "modèle de gestion publique" de l'eau au Québec.

Comme notre mission tire à sa fin, nous vous donnerons d'autres détails sur ce blogue, après notre retour au Canada. À suivre!!!

Autres rencontres avec des groupes

Red Umavida

Lundi 24 mars, nous avons rencontré l’association bolivienne “mains unies pour la vie” (Red Umavida). C’est un réseau oecuménique avec une table de travail sur l’environnement. Cette année, ils mettent l’accent sur l’eau, en travaillant sous l’angle de la contamination.

Une problématique répandue en Bolivie est celle des industries minières. Red Umavida travaille sur des bassins versants où l’on retrouve à la fois des exploitations minières et des villes. Potosi, La Paz et Oruro sont les cas les plus représentatifs.

Selon le vice ministère des bassins versants, 80% des eaux boliviennes seraient contaminées par des résidus miniers. Ces eaux contaminées servent pour les usages domestiques, agricoles et d’élevage.

Les changements climatiques ont ici un effet très inquiétant. Des glaciers sont en train de disparaître. Près de La Paz, il y a un endroit où il y a à peine dix ans on allait faire du ski, mais ce n’est plus possible.

Une partie de la ville de La Paz est alimentée par l’eau d’un glacier. Cette eau, à la source, est pure. Mais elle passe par une mine avant d’arriver à l’usine de traitement d’eau de la ville. Comme nous le savons, il y a un coût au traitement de l’eau, il faut donc « payer » pour purifier une eau qui a été contaminée par une mine alors qu’à l’origine cette eau était pure et saine.

On nous a aussi parlé du lac Popo qui constitue un bassin fermé, autour duquel on compte 60 mines. Ce bassin est la seule source d’eau pour l’altiplano nord, où l’on pratique de l’agriculture et de la pêche. Il y a dans cette eau de l’arsenic, du plomb et du cadmium. Les recherches ont démontré une hausse des cas de cancer dans la région au cours des vingt dernières années.

Une autre situation qui se produit malheureusement trop souvent : les eaux d’une mine située près d’une ville se mélangent aux eaux destinées aux usages domestiques d’une communauté.

Red Umavida lancera ce printemps une campagne de sensibilisation : l’eau douce vaut plus que l’or, afin que les gens saisissent l’importance d’une eau saine, et connaissent sa provenance. La campagne se fera à travers des émissions de radios alternatives, des ateliers, des sessions de travail et des dépliants.

Caroline et Danielle ont présenté la Coalition, et donné les exemples du programme RIVE et de la victoire du comité de citoyens de Roxton Pond. Ces deux exemples de travail sur le terrain ont beaucoup intéressé nos vis à vis et ont semblé les stimuler pour leur travail. Nous verrons comment par la suite nous pourrons développer nos liens avec ce réseau, si cela s’avère possible.

Fundación Solón

Mardi 25 mars, nous avons eu un échange avec la Fundación Solón. Elle a été fondé par un muraliste célèbre ici, Solón, qui a réalisé 20 murales au pays dont 14 se trouvent à La Paz et El Alto. Solón a lutté pour la démocratie, les droits des femmes et les droits des autochtones. La Fundación travaille selon 2 axes : l’art et l’action sociale. Elle fait de la recherche, des pressions politiques, de la sensibilisation de la population et diffuse de l’information technique. Un peu comme la Coalition avec nos Porteurs d’eau, la Fundación Solón utilise la notoriété d’artistes pour sensibiliser la population et influencer les décideurs politiques.

Fundación Solón participe localement à la campagne annuelle Octobre Bleu, selon les thèmes qui sont proposés à chaque année. Elle cherche aussi à contribuer à enrichir la vision de l’eau à l’échelle mondiale en y apportant la vision andine, dans laquelle se trouve une forme de gestion de l’eau respectueuse de l’environnement, ayant des mécanismes de résolution des conflits d’usage, et une façon propre de choisir les gestionnaires de l’eau.

Caroline a encore une fois fait une présentation de la Coalition, et nous avons échangé sur plusieurs thèmes communs : privatisation, droit à l’eau et Convention internationale, gestion sociale de l’eau, pollution et contamination.

Vers la fin de la semaine, nous allons tenter de dégager quelques pistes de travail possibles, que nous développerons dans les semaines à venir. Encore une fois, les échanges s’annoncent prometteurs.

samedi 22 mars 2008

Accès à l'eau à la campagne

Durant notre séjour à Carmen Pampa et Coroico, nous en avons profité pour prendre quelques informations sur la situation de l’eau à la campagne. Nous avons observé qu’il y a de l’eau à plusieurs endroits, en fait nous voyons souvent des ruisseaux et de petites rivières, ce qui n’est pas étonnant puisque nous sommes dans les Andes et qu’il pleut à cette saison. Alors que nous n’avions pas eu une goutte de pluie à La Paz, il a déjà plus 2 fois ici en autant de jours.

L’accès à l’eau potable saine (i.e. sans danger pour la santé) reste problématique. Dans certains cas, c’est la manque d’infrastructure qui pose problème, soit pour l’acheminer, soit pour la traiter – ce qui est systématiquement manquant. Nous avons vu, à l’Université Carmen Pampa, un petit tuyau (il est sur l’une de nos photos) qui apporte l’eau de la montagne à une soixantaine d’habitations. Il y a 2 sources principales dans la montagne toute proche; l’une d’elle alimente aussi le campus, mais l’on constate que les étudiants qui s’abreuvent aux robinets qui contiennent cette eau sont atteints de parasites. L’eau n’est donc pas sans danger même pour les gens qui ont grandi ici et développé des anticorps que nous n’avons pas…

Au village de Coroico, la problématique d’accès à l’eau se pose autrement. Le village dépend d’un approvisionnement situé à environ 7 km; le tuyau qui apporte l’eau passe à travers d’autres petits villages ou regroupements d’habitations. En saison « sèche », il arrive qu’il y ait pénurie d’eau; les citoyens font alors face à des « conflits d’usage », les habitants en amont pouvant parfois « fermer le robinet », privant ainsi d’eau les habitants de Coroico. On voit donc que les tensions qui causent les guerres de l’eau existent aussi à une échelle plus petite, très locale… Mais on nous dit qu’en général, les habitants autour de Coroico sont enclins à partager l’eau, même lorsqu’elle se fait rare, car ils savent qu’elle est essentielle à la vie. Ainsi, malgré le potentiel d’un conflit, les gens ne manquent pas trop d’eau. Nous ne serons pas là pour le voir de nos yeux, car la saison sèche est en juillet-août-septembre.

Un voyage mémorable

Jeudi, 20 mars 2008, nous quittons l’appartement à midi à destination du quartier Fatima. Nous avons des billets pour l’autobus de 13h à destination de Coroico où nous allons passer le congé de Pâques. On nous a dit que ça prend 3 heures pour se rendre.

12h50 : on installe les bagages sur le toit de l’autobus, on les couvrira d’une bâche de plastique qu’on attachera solidement quand tous les bagages seront rendus. Nous prenons place… et nous attendons. L’autobus se met finalement en branle à 13h15.

13h30 : à la sortie de La Paz, il y a une sorte de poste de contrôle; de chaque côté de la route, des femmes ont préparé de la nourriture qu’elles offrent aux passagers. En sortant de la ville, nous apercevons un grand barrage, celui de EPSAZ, la compagnie d’eau de La Paz (publique, mais pas au même sens que chez nous apparemment). Nous montons toujours plus haut, la végétation semble de plus en plus rabougrie et clairsemée. Le paysage est à vous couper le souffle, si l’altitude ne l’a pas déjà fait! On finit par être à la même hauteur que les nuages. Les montagnes sont hautes, les pentes abruptes, ici et là on voit des cataractes; on aperçoit ce qui ressemble à un glacier en voit de disparaître; la route serpente à flanc de montagne au bord de l’abîme surplombant les vallées. C’est la « nouvelle route » : elle compte 3 tunnels, 120 ponts, et est construite sur un sol géologiquement instable… Mais elle nous paraît néanmoins plus sécuritaire que « l’ancienne route », réputée la plus dangereuse au monde!

14h30 : nous avons commencé à descendre; la végétation change petit à petit jusqu’à devenir carrément luxuriante. Soudain, au loin, comme de l’autre côté de la vallée et accrochée au versant de la montagne, nous apercevons une ville, et nous nous disons que c’est sans doute notre destination. On s’imagine qu’on va arriver plus tôt que prévu…

15h30 : on descend toujours la montagne, en serpentant, cahin caha, sur cette route qui nous semble de moins en moins « nouvelle »; il y a eu ici et là des éboulements; on parvient finalement en bas de la vallée, on traverse une rivière, et hop! On repart en montant : on a tellement descendu qu’on doit maintenant grimper jusqu’à Coroico, sur une route étroite et poussiéreuse. On arrive finalement : il est 16h15. La vue est magnifique, la ville étant située au cœur des Andes; on voit même au loin, se profilant à travers les nuages, un sommet aux neiges éternelles.

17h15 : la voiture qui devait venir nous chercher n’est toujours pas arrivée; ils n’ont pas dû recevoir le message annonçant que nous serions là. On décide de prendre un taxi. On s’imagine qu’on est presque rendues, quand on découvre que la distance à parcourir est encore de 11 km, sur une autre route « de campagne » (et de montagne). Le chauffeur klaxonne à chaque tournant, car c’est un peu étroit lorsque 2 véhicules se rencontrent. Finalement, après ce qui nous semble un temps interminable, on arrive enfin à l’Université catholique Carmen Pampa et au couvent des Sœurs Franciscaines. Un bon repas, une bonne douche, et un repos bien mérité sont appréciés.