vendredi 28 mars 2008

Derniers jours

Nous avons passé 2 jours à Cochabamba, ville emblématique de la lutte de l'eau. Nous avons assisté à un atelier pratique donné par un technicien de l'association Sumaj Huasi à Vinto, nous avons rencontré un groupe local d'AMUPEI composé de femmes très dynamiques, et nous avons rencontré le groupe local de Agua Sustentable qui nous a beaucoup parlé des comités de l'eau.

Vendredi, nous avons des rencontres de planification du suivi de notre mission, et nous participons à un panel où nous présenterons encore une fois la Coalition, et le "modèle de gestion publique" de l'eau au Québec.

Comme notre mission tire à sa fin, nous vous donnerons d'autres détails sur ce blogue, après notre retour au Canada. À suivre!!!

Autres rencontres avec des groupes

Red Umavida

Lundi 24 mars, nous avons rencontré l’association bolivienne “mains unies pour la vie” (Red Umavida). C’est un réseau oecuménique avec une table de travail sur l’environnement. Cette année, ils mettent l’accent sur l’eau, en travaillant sous l’angle de la contamination.

Une problématique répandue en Bolivie est celle des industries minières. Red Umavida travaille sur des bassins versants où l’on retrouve à la fois des exploitations minières et des villes. Potosi, La Paz et Oruro sont les cas les plus représentatifs.

Selon le vice ministère des bassins versants, 80% des eaux boliviennes seraient contaminées par des résidus miniers. Ces eaux contaminées servent pour les usages domestiques, agricoles et d’élevage.

Les changements climatiques ont ici un effet très inquiétant. Des glaciers sont en train de disparaître. Près de La Paz, il y a un endroit où il y a à peine dix ans on allait faire du ski, mais ce n’est plus possible.

Une partie de la ville de La Paz est alimentée par l’eau d’un glacier. Cette eau, à la source, est pure. Mais elle passe par une mine avant d’arriver à l’usine de traitement d’eau de la ville. Comme nous le savons, il y a un coût au traitement de l’eau, il faut donc « payer » pour purifier une eau qui a été contaminée par une mine alors qu’à l’origine cette eau était pure et saine.

On nous a aussi parlé du lac Popo qui constitue un bassin fermé, autour duquel on compte 60 mines. Ce bassin est la seule source d’eau pour l’altiplano nord, où l’on pratique de l’agriculture et de la pêche. Il y a dans cette eau de l’arsenic, du plomb et du cadmium. Les recherches ont démontré une hausse des cas de cancer dans la région au cours des vingt dernières années.

Une autre situation qui se produit malheureusement trop souvent : les eaux d’une mine située près d’une ville se mélangent aux eaux destinées aux usages domestiques d’une communauté.

Red Umavida lancera ce printemps une campagne de sensibilisation : l’eau douce vaut plus que l’or, afin que les gens saisissent l’importance d’une eau saine, et connaissent sa provenance. La campagne se fera à travers des émissions de radios alternatives, des ateliers, des sessions de travail et des dépliants.

Caroline et Danielle ont présenté la Coalition, et donné les exemples du programme RIVE et de la victoire du comité de citoyens de Roxton Pond. Ces deux exemples de travail sur le terrain ont beaucoup intéressé nos vis à vis et ont semblé les stimuler pour leur travail. Nous verrons comment par la suite nous pourrons développer nos liens avec ce réseau, si cela s’avère possible.

Fundación Solón

Mardi 25 mars, nous avons eu un échange avec la Fundación Solón. Elle a été fondé par un muraliste célèbre ici, Solón, qui a réalisé 20 murales au pays dont 14 se trouvent à La Paz et El Alto. Solón a lutté pour la démocratie, les droits des femmes et les droits des autochtones. La Fundación travaille selon 2 axes : l’art et l’action sociale. Elle fait de la recherche, des pressions politiques, de la sensibilisation de la population et diffuse de l’information technique. Un peu comme la Coalition avec nos Porteurs d’eau, la Fundación Solón utilise la notoriété d’artistes pour sensibiliser la population et influencer les décideurs politiques.

Fundación Solón participe localement à la campagne annuelle Octobre Bleu, selon les thèmes qui sont proposés à chaque année. Elle cherche aussi à contribuer à enrichir la vision de l’eau à l’échelle mondiale en y apportant la vision andine, dans laquelle se trouve une forme de gestion de l’eau respectueuse de l’environnement, ayant des mécanismes de résolution des conflits d’usage, et une façon propre de choisir les gestionnaires de l’eau.

Caroline a encore une fois fait une présentation de la Coalition, et nous avons échangé sur plusieurs thèmes communs : privatisation, droit à l’eau et Convention internationale, gestion sociale de l’eau, pollution et contamination.

Vers la fin de la semaine, nous allons tenter de dégager quelques pistes de travail possibles, que nous développerons dans les semaines à venir. Encore une fois, les échanges s’annoncent prometteurs.

samedi 22 mars 2008

Accès à l'eau à la campagne

Durant notre séjour à Carmen Pampa et Coroico, nous en avons profité pour prendre quelques informations sur la situation de l’eau à la campagne. Nous avons observé qu’il y a de l’eau à plusieurs endroits, en fait nous voyons souvent des ruisseaux et de petites rivières, ce qui n’est pas étonnant puisque nous sommes dans les Andes et qu’il pleut à cette saison. Alors que nous n’avions pas eu une goutte de pluie à La Paz, il a déjà plus 2 fois ici en autant de jours.

L’accès à l’eau potable saine (i.e. sans danger pour la santé) reste problématique. Dans certains cas, c’est la manque d’infrastructure qui pose problème, soit pour l’acheminer, soit pour la traiter – ce qui est systématiquement manquant. Nous avons vu, à l’Université Carmen Pampa, un petit tuyau (il est sur l’une de nos photos) qui apporte l’eau de la montagne à une soixantaine d’habitations. Il y a 2 sources principales dans la montagne toute proche; l’une d’elle alimente aussi le campus, mais l’on constate que les étudiants qui s’abreuvent aux robinets qui contiennent cette eau sont atteints de parasites. L’eau n’est donc pas sans danger même pour les gens qui ont grandi ici et développé des anticorps que nous n’avons pas…

Au village de Coroico, la problématique d’accès à l’eau se pose autrement. Le village dépend d’un approvisionnement situé à environ 7 km; le tuyau qui apporte l’eau passe à travers d’autres petits villages ou regroupements d’habitations. En saison « sèche », il arrive qu’il y ait pénurie d’eau; les citoyens font alors face à des « conflits d’usage », les habitants en amont pouvant parfois « fermer le robinet », privant ainsi d’eau les habitants de Coroico. On voit donc que les tensions qui causent les guerres de l’eau existent aussi à une échelle plus petite, très locale… Mais on nous dit qu’en général, les habitants autour de Coroico sont enclins à partager l’eau, même lorsqu’elle se fait rare, car ils savent qu’elle est essentielle à la vie. Ainsi, malgré le potentiel d’un conflit, les gens ne manquent pas trop d’eau. Nous ne serons pas là pour le voir de nos yeux, car la saison sèche est en juillet-août-septembre.

Un voyage mémorable

Jeudi, 20 mars 2008, nous quittons l’appartement à midi à destination du quartier Fatima. Nous avons des billets pour l’autobus de 13h à destination de Coroico où nous allons passer le congé de Pâques. On nous a dit que ça prend 3 heures pour se rendre.

12h50 : on installe les bagages sur le toit de l’autobus, on les couvrira d’une bâche de plastique qu’on attachera solidement quand tous les bagages seront rendus. Nous prenons place… et nous attendons. L’autobus se met finalement en branle à 13h15.

13h30 : à la sortie de La Paz, il y a une sorte de poste de contrôle; de chaque côté de la route, des femmes ont préparé de la nourriture qu’elles offrent aux passagers. En sortant de la ville, nous apercevons un grand barrage, celui de EPSAZ, la compagnie d’eau de La Paz (publique, mais pas au même sens que chez nous apparemment). Nous montons toujours plus haut, la végétation semble de plus en plus rabougrie et clairsemée. Le paysage est à vous couper le souffle, si l’altitude ne l’a pas déjà fait! On finit par être à la même hauteur que les nuages. Les montagnes sont hautes, les pentes abruptes, ici et là on voit des cataractes; on aperçoit ce qui ressemble à un glacier en voit de disparaître; la route serpente à flanc de montagne au bord de l’abîme surplombant les vallées. C’est la « nouvelle route » : elle compte 3 tunnels, 120 ponts, et est construite sur un sol géologiquement instable… Mais elle nous paraît néanmoins plus sécuritaire que « l’ancienne route », réputée la plus dangereuse au monde!

14h30 : nous avons commencé à descendre; la végétation change petit à petit jusqu’à devenir carrément luxuriante. Soudain, au loin, comme de l’autre côté de la vallée et accrochée au versant de la montagne, nous apercevons une ville, et nous nous disons que c’est sans doute notre destination. On s’imagine qu’on va arriver plus tôt que prévu…

15h30 : on descend toujours la montagne, en serpentant, cahin caha, sur cette route qui nous semble de moins en moins « nouvelle »; il y a eu ici et là des éboulements; on parvient finalement en bas de la vallée, on traverse une rivière, et hop! On repart en montant : on a tellement descendu qu’on doit maintenant grimper jusqu’à Coroico, sur une route étroite et poussiéreuse. On arrive finalement : il est 16h15. La vue est magnifique, la ville étant située au cœur des Andes; on voit même au loin, se profilant à travers les nuages, un sommet aux neiges éternelles.

17h15 : la voiture qui devait venir nous chercher n’est toujours pas arrivée; ils n’ont pas dû recevoir le message annonçant que nous serions là. On décide de prendre un taxi. On s’imagine qu’on est presque rendues, quand on découvre que la distance à parcourir est encore de 11 km, sur une autre route « de campagne » (et de montagne). Le chauffeur klaxonne à chaque tournant, car c’est un peu étroit lorsque 2 véhicules se rencontrent. Finalement, après ce qui nous semble un temps interminable, on arrive enfin à l’Université catholique Carmen Pampa et au couvent des Sœurs Franciscaines. Un bon repas, une bonne douche, et un repos bien mérité sont appréciés.

vendredi 21 mars 2008

1ères rencontres avec des groupes à La Paz

Depuis que nous sommes arrivées en Bolivie, nos deux volontaires de la Coalicion Agua Secorro (Coalition Eau Secours!) ont rencontré déjà pas mal de groupes qui travaillent dans le domaine de l’eau en Bolivie, des groupes de base, des groupes locaux, des ONG. Les problèmes d’accessibilité à l’eau sont criants ici. Ce n’est pas l’eau qui manque, ce sont les infrastructures. De plus, avec la situation économique et politique du pays, tout change tellement vite d’un jour à l’autre et tout est tellement plus difficile. Nous nous adaptons bien et à la façon de travailler et à l’espagnol.

Nous avons eu à El Alto, ville en haut de La Paz située à 4000 mètres, une première rencontre avec la coordination nationale d’AMUPEI (association de femmes pour l’équité et l’égalité) qui a présenté des propositions sur le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement qui ont été intégrées dans le texte de la nouvelle Constitution de la Bolivie ; cette Constitution sera soumise à l’approbation populaire par référendum dans les mois à venir. AMUPEI tient régulièrement des ateliers de formation offerts aux femmes de toutes les classes sociales sur des thématiques entre autres reliées à l’eau. Caroline et Danielle ont présenté la Coalition et le montage sur l’épuration de l’eau lors de l’un de ces ateliers.

Un autre groupe rencontré s’appelle Agua Sustentable ; nous avons trouvé beaucoup d’atomes crochus entre la Coalition Eau Secours et Agua Sustentable : vision semblable, thèmes de recherche apparentés, objectifs communs, mais dans un contexte socio-politique et économique aux antipodes du nôtre. Nous reverrons ce groupe à Cochabamba. Mais on peut déjà dire que les échanges que nous avons eus sont prometteurs.

Pour souligner la Journée Internationale de l’eau, plusieurs groupes se sont associés pour réaliser un événement public le 28 mars. Nous serons présentes sur le panel pour présenter la Coalition et un exemple de gestion sociale de l’eau au Québec.

mercredi 19 mars 2008

Des sons et des couleurs

Dès notre arrivée à La Paz, la géographie de la ville nous frappe. L’aéroport est situé à El Alto sur l’altiplano, et le centre de la ville est dans une cuvette. C’est une ville incroyable qui est très étendue. Des maisons beiges aux toits roses sont construites directement sous les rochers, les pics des montagnes se découpent dans le ciel, c’est vertigineux, comme le manque de souffle qui nous atteint dès que l’on sort de l’aéroport et à chaque fois que l’on doit monter un tant soit peu pour se rendre d’un endroit à un autre. Dès la tombée de la nuit, les lumières s’allument, et le flanc de la montagne où sont construites les maisons s’illumine de points jaunes et bleus, c’est féérique.

Les rues sont très animées! Elles résonnent sans cesse du bruit des klaxons. Ici, ce sont les voitures qui ont la priorité sur les piétons, et il faut faire attention lorsqu’on doit traverser une rue.

Tôt le matin, un clairon raisonne dans le quartier; une station de police se trouve à proximité. Parfois, c’est même toute une fanfare qui se fait entendre! Au brouhaha se mêlent les cris des chauffeurs d’autobus et des vendeurs au coin des rues. La Paz est décidément une ville très animée!

Nous avons de la chance, nos premières journées se déroulent sous le soleil. On nous dit que nous l’avons apporté avec nous, car la semaine dernière il a plu tous les jours! On a dû le prendre en chemin…

jeudi 13 mars 2008

Horaire de la mission

Nos bagages sont presque prêts. Nous avons hâte d'être à La Paz. Un programme assez chargé nous attend. En voici les détails, mais sachez que tout est sujet à des changements de dernière minute!

Samedi, 15 mars: départ de Montréal à 16h45 à destination de La Paz.

Dimanche, 16 mars: arrivée à La Paz à 5h30 am. Eh oui, on passe la nuit dans les aéroports et les avions! Une journée de repos et d'adaptation à l'altitude nous sera nécessaire et, espérons-le, bienfaisante.

Lundi, 17 mars: réunion aux bureaux d'Uniterra. Révision de la mission, questions administratives, dîner de bienvenue avec tous les volontaires en poste, et visite de la ville.

Mardi, 18 mars: rencontre avec l'équipe nationale d'AMUPEI (pour la signification de l'acronyme, cf. message présentation la mission de la Coalition Eau Secours! en Bolivie) à leurs bureaux d'El Alto. Présentation mutuelle, échanges d'expériences, dîner dans le quartier, atelier Eau et Genre. Thèmes possibles: influence politique, techniques de sensibilisation et de mobilisation, femmes et eau, participation citoyenne à la gestion sociale de l'eau.

Mercredi, 19 mars: rencontre avec l'équipe nationale de la Fundacion Solon, au quartier Sopocachi de La Paz. Présentation mutuelle, échanges d'expériences, préparation d'une présentation commune à l'événement de la semaine suivante dans le cadre de la Journée Internationale de l'eau. Thèmes qui pourraient être abordés: techniques de sensibilisation et de mobilisation; femmes et eau; privatisation; accords internationaux; conservation de l'eau; changements climatiques; droit à l'eau et proposition d'une Convention internationale de l'eau. Dîner dans ce quartier, puis retour aux bureaux d'Uniterra (CECI) pour une session de travail.

Jeudi, 20 mars: activité sur l'eau à la Place San Pedro; possibilité de tenir un kiosque avec AMUPEI et Uniterra.

Lundi, 24 mars: rencontre avec Agua Sustentable à leurs bureaux de La Paz. Présentation mutuelle et échanges d'expériences ; thématiques possibles: privatisation, accords internationaux, conservation et protection de l'eau, agriculture. En après-midi, départ pour Cochabamba.

Mardi, 25 mars: atelier sur la filtration et la purification de l'eau, avec le comité régional AMUPEI rural de Cochabamba.

Mercredi, 26 mars: rencontre avec le comité régional AMUPEI de Cochabamba. Présentation mutuelle, échanges d'expériences; mêmes thèmes que le 18 mars. Visite des lieux. En après-midi, rencontre avec Agua Sustentable de Cochabamba; présentation mutuelle, échanges d'expériences; mêmes thèmes qu'avec leur comité à La Paz. Vol de retour à La Paz (ouf, quelle journée ce sera, hein?)

Jeudi, 27 mars: en avant-midi, on va se préparer pour l'événement public de l'après-midi. On pourrait animer un atelier avec la Fondation Solon.

Vendredi, 28 mars: en avant-midi, réunion à l'espace de concertation de l'eau; en après-midi, rencontre d'évaluation et de planification du suivi et des actions conjointes, aux bureaux d'Uniterra.

Dimanche, 30 mars: départ pour Montréal à 6h55 am. On arrivera un peu avant minuit, et on sera brûlées, je pense!